05.01.2008

La Graine et le mulet de Kechiche

09a69f6a0204b13b01ae77906ffbd31f.jpgJe suis sortie exténuée, tendue et bouleversée par ce film. Et pourtant il s'agit d'une histoire toute simple : licencié après trente-cinq ans de travail sur les chantiers navals de Sète, Slimane ouvrier immigré décide d'ouvrir un restaurant de couscous au poisson sur un vieux bateau qu'il vient d'acheter.

Et c'est là tout le talent de Kechiche qui nous associe à cette aventure. Mais comment résister, comment ne pas être touchée par Slimane dont le silence nous parle tant ? Et comment ne pas aimer Rym la fille de sa compagne et sourire de son bagout, sa vitalité et de sa réelle gentillesse ? Tout de suite je me suis attachée à ces deux-là, et j'ai eu moi aussi envie d'y croire, envie que cela marche !

Comme dans un reportage, nous découvrons ce fameux couscous lors d'un repas organisé par son ex-épouse qui réunit tous les enfants et petits-enfants le dimanche. Kechiche n'hésite pas, il nous montre la famille, mais ne nous raconte pas de salades ! La fille grande gueule, le fils menteur, la mère complice des frasques du fils, l'hypocrisie, la veulerie... Une famille d'immigrés certes, mais pas des saints, une famille quoi !

Après ce repas joyeux, les deux fils de Slimane lui apportent une part du couscous dans sa chambre de l'hôtel meublé propriété de sa compagne. Le silence succède aux rires, au bruit, Slimane mange doucement, écoute son fils lui conseiller de se retirer au bled. Rym vient partager le plat... Je me suis sentie envahie par l'émotion de cette scène, quelle intensité, quelle beauté, quelle puissance ! Et la tirade de Rym après le départ des fils ! (Bravo à Hafsia Hensi, merveilleuse actrice).

Les démarches auprès de la banque, de la mairie, des administrations, les réactions des vieux copains, de la famille, de la compagne, le soutien indéfectible et tonique de Rym, j'ai tout suivi le coeur de plus en plus serré. Kechiche ne fait pas de cadeaux non plus à ces braves Français condescendants et réticents, je vous le dis !

Pour obtenir l'autorisation d'ouvrir son restaurant, Slimane décide d'organiser une soirée en invitant les huiles et les décideurs de la ville, mais là je ne vous raconte plus l'histoire, il y a de grands moments, des irritations, des rires, du suspense, de l'angoisse... Le film est un peu trop long, et c'est vrai, j'avais envie que cela se termine, j'étais agitée, étourdie et essoufflée, je m'opposais à la vision de Kechiche, je lui en voulais, je voulais une autre fin. Mais bon, c'est son film, hein.

Il y aurait tellement à dire sur l'énergie des femmes, il y aurait tellement à dire sur la famille, les familles, sur nous, ce film restera longtemps en moi, merci Monsieur Kechiche. Mais s'il vous plaît, si vous pouviez être un peu plus optimiste...

(Voici le lien pour la bande annonce :

http://www.dailymotion.com/video/x3od0w_la-graine-et-le-m...

 

 

 

17.08.2007

Le Fils de l'Epicier d'Eric Guirado

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Chaque été, pluvieux ou pas, nous apporte de bonnes surprises au cinéma. L'année dernière j'avais beaucoup aimé La Raison du plus faible de Lucas Belvaux. Ce mois-ci, mon chouchou est Le Fils de l'Epicier que nous venons de voir.

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Antoine jeune homme déboussolé a quitté sa famille, et surtout un père tyrannique, il y a une dizaine d'années. Il vivote en ville, entouré de son ami Hassan l'épicier arabe, et d'une voisine-amie Claire. Son père étant hospitalisé pour des problèmes cardiaques, il décide de descendre dans le Sud aider sa mère, accompagné de Claire qui, à 26 ans a repris des études par correspondance et prépare le bac. Antoine retrouve les problèmes qu'il a fuits, sa rivalité avec son frère, la violence glaçante de son père, sa mère (quel plaisir de retrouver la merveilleuse Jeanne Goupil) qui voudrait faire plaisir à tout le monde... Et bien sûr il prétend détester la campagne, il rudoie les clients, est mal à l'aise... Il est maladroitement amoureux de Claire, mais elle veut reconstruire sa vie sans dépendre de lui.

Le naturel et le talent de tous les acteurs m'ont conquise : Nicolas Cazalé joue Antoine, Clotilde Hesme construit une Claire naturelle, rieuse, volontaire... Daniel Duval en père mécontent et frustré de sa vie ne nous déçoit pas, encore un excellent acteur que l'on ne voit pas assez souvent... 

Nous suivons Antoine dans ses tournées d'épicier, et franchement nous ne nous ennuyons pas ! D'abord c'est très joli la Drôme, puis les clients, tous des personnes âgées isolées, homme ou femme, vieux couples, sont des personnages originaux, un peu filous parfois, attachants souvent, et cocasses. Je suppose qu'Eric Guirardo a recruté des habitants des hameaux traversés par le camion d'Antoine pour jouer.

Antoine va peu à peu s'humaniser, et surtout se réconcilier avec lui-même, s'adoucir. En servant ses clients lors de ses périples en camion, il va découvrir les autres, leur solitude, leur dépendance, et c'est en les aidant qu'il va finir par se découvrir, grandir et s'ouvrir. Car il n'avait pas fini de grandir Antoine, englué dans ses problèmes familiaux et sa rancoeur.

J'ai été vraiment très touchée et émue par ce film. Bien sûr ce n'est pas une superproduction hollywoodienne, mais franchement je trouve que sa distribution restreinte est une fois de plus injuste... Sortir le 15 août dans peu de salles, est-ce vraiment donner sa chance à un film aussi sympa. Evidemment, vous allez me dire, oh ces histoires de citadins qui reprennent vie en redécouvrant la nature, les petits oiseaux, et gnagnaga... Mais non, mais non ce n'est pas ça, c'est un bon film, bien écrit, bien joué, pourquoi lui donner une distribution presque confidentielle ? Et puis on pourrait envisager une histoire d'un rural qui trouverait son bonheur en ville. C'est un film sur la réconciliation, l'amour...

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Voici une bande-annonce du film : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18738770&a...

Et moi qui ai passé de longs moments de mon enfance à aider ma Tante Margot dans son épicerie, je vous assure que j'étais aux anges, je jubilais ! Oui c'est promis bientôt je vous parle de Tata et de son épicerie ! En attendant, si vous en avez envie, allez donc voir ce film !

 

11.07.2007

Persepolis de Marjane Strapi

aa6ee4d5b56208bff41b5a6335fc22c7.jpgLes BD de Marjane Satrapi (4 volumes depuis 2000) jeune femme iranienne exilée à Paris, m'avaient vraiment enchantée. J'attendais la sortie du film avec crainte et impatience, c'est vrai les adaptations sont souvent très décevantes, niaiseuses, et même ringardes... J'ai été rassurée lors du Festival de Cannes où le Prix du Jury a été attribué au film Persépolis réalisé par Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud. Et j'attendais, j'attendais... Et je n'ai pas été déçue au contraire, ce film m'a enthousiamée mais aussi bouleversée.

J'ai suivi avec bonheur le récit de la vie de Marjane Satrapi enfant d'une dizaine d'années à Téhéran avant et après la révolution de 1979. Marjane adolescente à Vienne où ses parents l'ont exilée pour la protéger. Marjane, jeune femme et étudiante des Beaux-Arts de retour à Téhéran. J'ai ri aux facéties de la petite fille frondeuse, tremblé pour elle et sa famille, ai été peinée par l'accueil glacé et hostile que lui a réservé le monde occidental en Autriche... Mais j'ai aussi ressenti une grande tendresse pour sa délicieuse grand-mère, accompagné et soutenu la rage de ses parents, confrontés aux cinquante mille interdictions du régime iranien... Bien sûr, et Marjane Satrapi le revendique, son récit est subjectif, et ne prétend pas être "l'histoire" de l'Iran des 30 dernières années... 

Dans une interview Marjane Satrapi explique que les acteurs (formidables Chiara Mastroianni, Catherine Deneuve, Danielle Darrieux, Simon Abkarian...) ont joué les textes avant la réalisation effective des dessins et de l'animation. Je ne sais pas si cela a contribué à donner ce ton dynamique, ce rythme au film, mais c'est une vraie réussite technique. Une réussite tout court !

Le désir de vivre, la douleur de l'exil, la quête identitaire... ces thèmes universels sont présents mais ce film est résolument vivant, oui vivant. Merci Marjane Satrapi, merci Vincent Paronnaud. Comme beaucoup de spectacteurs dans la salle, j'ai applaudi lors à la fin du film.

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29.06.2007

Pour les 35 ans du Festival rochelais

Jusqu'au 9 juillet j'aimerais beaucoup, beaucoup, être à La Rochelle pour le 35ème Festival international du Film !

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http://www.festival-larochelle.org/html/document.asp?type...

www.festival-larochelle.org

Et puis, j'en profiterais pour aller voir ma petite soeur qui y habite, et puis, j'irais à la plage ou dans l'Ile de Ré, et puis...

Mais non, ce n'est pas possible ! On verra pour les 36 ans ! 

13.05.2007

Irina Palm

medium_irina_palm_haut.jpgJ'ai entraîné Corbillo au cinéma voir le beau film de Sam Garbarski "Irina Palm" où nous avons retrouvé avec plaisir la grande Marianne Faithfull, et surprise, Kevin Bishop, (celui-là même qui jouait le frère de Kelly dans L'Auberge espagnole, et Les Poupées russes). Evidemment l'histoire de cette veuve désargentée qui, pour sauver la vie de son petit fils adoré atteint d'une maladie orpheline, devient une travailleuse du sexe, pourrait être grotesque et vulgaire. Mais non pas du tout. Marianne Faithfull porte le film avec rigueur et subtilité, humanité. De sa banlieue morose au cabaret du Soho londonien, nous la voyons évoluer et se transormer en une femme qui décide d'échapper à son destin, et qui de la soumission passe à l'action en préservant sa dignité, et inspire le respect.

Jusqu'où peut-on aller pour sauver la vie de ceux que nous aimons ? Comment ne pas se perdre dans le monde de l'argent, du sexe, mais aussi dans le monde ordinaire, celui de tous les jours, régi par l'esprit étroit, satisfait de certains ? Comment aimer les siens et comment communiquer son amour sans s'imposer ?

J'ai beaucoup aimé Irina Palm, film à la fois émouvant, mais aussi drôle et original.

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Le site Internet du film : http://www.irinapalm-themovie.com/home.htm

03.08.2006

La Raison du plus faible de Lucas Belvaux.

medium_luc.3.jpgPour trouver la fraîcheur et le repos, nous avons abandonné l'idée de faire la queue devant les piscines parisiennes (trop petites, ou en travaux... pfff... Tiens je vais envoyer un courrier à Bertrand D et à son équipe un de ces jours...), non, nous avons trouvé le moyen d'avoir au moins deux heures de répit : aller au cinéma !

Nous fréquentons le M.2 près de la BNF, pour son confort et sa climatisation ! L'été à Paris, le menu ciné se résume souvent aux navets français ou aux daubes américaines, hélas. Il faut éplucher le programme et trouver un film regardable. Oui quand même, même pour la clim, au prix de la place on sélectionne encore ! Tiens "l'Eté à Berlin" passe toujours et si nous y allions : ah misère ce film allemand est à l'affiche dans deux petites salles surchauffées... Autant regarder un DVD chez nous, non ?

Et le week-end dernier, nous avons fait une excellent pioche : La Raison du plus faible de Lucas Belvaux. Une merveille !

Je me souvenais de "Pour Rire", et en 2002, avais tant aimé sa Trilogie que je m'étais offert le coffret DVD dès sa sortie :

"Un Couple épatant", une comédie.   "Cavale", un polar.   "Après la Vie", un drame. Avec les excellents François Morel, Ornella Muti, Dominique Blanc, Gilbert Melki...

Et là, quelle bonne surprise, un nouveau film de Lucas Belvaux qui sort en plein été. (Ah les pauvres qui sont partis en vacances et qui vont le rater... trop moche pour eux !)

 

Marc, ex taulard braqueur, sympathise au bistrot avec trois joueurs de cartes chômeurs à Liège en Belgique. L'ennui, les besoin d'argent vont les pousser à organiser et à entreprendre un braquage. Le film nous raconte leur histoire, et l'histoire de ce braquage, fruit de leur désespoir et aussi de leur révolte.

Bon oui, je vous entends soupirer, ah encore un film social et misérabiliste. Mais non, mais non, je vous assure c'est un excellent et vrai polar ; pensez à Ken Loach mais aussi à Jean-Pierre Melville, ce film est réussi.

C'est un portrait fin et poignant de la classe ouvrière condamnée et réduite au chômage, reléguée dans ses cités ouvrières. Les acteurs (Lucas Belvaux jouant Marc, Natacha Régnier, Eric Caravaca...) sont justes et crédibles, les dialogues bien écrits et épatants...

Moi je vous le dis si vous avez envie d'aller voir un bon film en ce moment, allez voir La Raison du plus faible.

 

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14.04.2006

Sous-titres

Les déboires de Rose http://www.amoitiemoi.com/ au cinéma m'ont remis en mémoire cette anecdote :

L'hiver dernier nous sommes allés voir le dernier film de Woody Allen "Match Point".

Installés dans une salle agréable, nous supportions le défilé des pubs tout en nous réjouissant à l'avance. Les spectateurs étaient sympas, calmes, agréables, des bonnes têtes de cinéphiles comme je les aime.

Le film commence, diffusé en VO, recueillement dans la salle et soupirs de satisfaction.

Entrent 6 ados (15-16 ans) qui s'installent au premier rang tout en papotant. Le petit groupe se met au chaud en attendant l'heure de leur séance. (Eh oui avec la carte mensuelle d'abonnement, on peut rentrer et vagabonder de film en film). On a l'impression qu'ils/elles se disputent mais non, il s'agit d'une discussion ordinaire d'ados.

La salle commence à s'agiter, à murmurer, de puissants Chut ! s'élèvent. Nos petits jeunes continuent à tchatcher.

"S'il vous plaît taisez-vous" ose un brave monsieur ; inefficace. Un spectateur plus énergique lance "Vos gueules !".

Qu'ils n'entendent même pas !

Un homme très énervé, sort prévenir la sécurité. Le vigile vient dire un mot aux jeunes, qui ronchonnent. Le vigile s'installe derrière eux pour les surveiller dit-il.

10 bonnes minutes de film se sont bien écoulées, dans la frustration grandissante, les invectives, le brouhaha...

Tout d'un coup le groupe décide de partir, avec en guise d'au revoir : "Bandes de bouffons, z'avez qu'à lire les sous-titres, z'avez pas besoin d'entendre".

Le mur total de l'incompréhension.

16.03.2006

Sisters in Law

 

 

Je suis allée voir le documentaire "Sisters in Law" de Kim Longinotto et Florence Ayisi, qui se passe à Kumba, petite ville du sud-ouest du Cameroun. Nous suivons les étapes du travail de Vera Ngassa avocate,  et de Bétrice Ntuba, Présidente de la Cour. Elles s'efforcent de faire appliquer la loi, et de faire connaître et respecter les droits des femmes.

La violence quotidienne subie par les femmes et les enfants de cette région musulmane est filmée avec respect, et simplicité. Ainsi Amina qui a dû fuir le domicile conjugal en raison de la violence de son mari, finira pas obtenir le divorce. Et cela malgré la religion qui dénigre tout droit à l'épouse. D'ailleurs ces femmes disent qu'elles ont été mariées dès la fin de l'école primaire, qu'elles ne connaissaient rien de la vie, et n'ont même pas eu l'idée de refuser.

Elles sont touchantes ces femmes, et ce qui est formidable c'est qu'elles décident que leurs enfants iront à l'école, qu'ils recevront une autre éducation, que cela changera.

Nous suivons l'avocate dans ses démarches, dans les quartiers populaires, à la cour. Nous assistons au procès... La caméra a été très bien acceptée, et presque oubliée par les hommes et les femmes. Ce sont des moments de la vie quotidienne de familles africaines, sans esbrouffe, sans esprit racoleur.

Nous nous laissons entraîner dans la vie de ce tribunal, souffrons pour les enfants maltraités, espérons une vie meilleure pour le femmes. Ce n'est pas un documentaire de combat, c'est un documentaire qui montre le travail effectué, et les espoirs de chacun, homme et femme.

Si vous avez la possibilité, allez voir ce documentaire, il est émouvant, honnête et comme le dit Bétrice Ntuba "Je pense que ce film a aussi un impact positif sur l'image du Cameroun. Pour une fois que l'on ne parle pas de corruption, qu'on ne donne pas une image négative du pays. Grâce à ce documentaire c'est une meilleure image de l'Afrique qui est véhiculée".

Dimanche après-midi, dans un cinéma des Champs-Elysées, nous n'êtions que 12 dans la salle... Bien sûr les manchots de la Marche de l'Empereur intéressent bien plus, mais et si on s'intéressait aussi aux humains ?